Pertinence ethnopharmacologique : La salicaire (Lythrum salicaria L., de la famille des Lythracées) a été utilisée en Europe depuis l’Antiquité jusqu’au début du XXe siècle pour traiter la diarrhée et la dysenterie, tant en médecine humaine que vétérinaire. La diarrhée post-sevrage constitue un problème majeur pour la production porcine mondiale, engendrant des pertes économiques importantes dues à l’augmentation de la morbidité et de la mortalité, à la réduction du gain moyen quotidien et à une forte consommation d’antibiotiques. Les causes de cette diarrhée sont diverses, toutes liées à des déséquilibres du microbiote intestinal. L’objectif de cette étude était de déterminer l’interaction de la salicaire avec le microbiote intestinal de porcelets sains après sevrage, afin d’évaluer son influence sur la composition et le métabolisme du microbiote, ainsi que sur la production de métabolites postbiotiques potentiellement bioactifs à partir des constituants de l’extrait.
Matériel et méthodes : Des cultures anaérobies ex vivo du microbiote intestinal de porcelets, prélevé au niveau du jéjunum, de l’iléon, du cæcum et du côlon distal, ont été réalisées dans différents milieux de culture supplémentés en LSH. La production de métabolites postbiotiques a été déterminée par UPLC-DAD-MSn. L’ADN génomique bactérien a été extrait et analysé par séquençage après amplification des régions hypervariables V3-V4 de l’ARNr 16S, suivie d’une analyse bioinformatique. La production d’acides gras à chaîne courte (AGCC) dans les cultures a été déterminée par chromatographie en phase gazeuse (CPG).
Résultats : Seul le microbiote du cæcum et du côlon distal a pu hydrolyser et métaboliser les ellagitanins présents dans le LSH en urolithines. Les urolithines M6, M7, C et A, ainsi que l’iso-urolithine A, ont été détectées, de même qu’un métabolite non décrit précédemment, issu du fragment flavogalloyle des ellagitanins C-glucosyliques. LSH n’a pas eu d’influence significative sur la diversité et l’activité métabolique du microbiote, mais a pu moduler sa composition par une diminution significative des genres suivants : Collinsella, Senegalimassilia, bactéries non cultivées appartenant aux Porphyromonadaceae, groupe intestinal Rikenellaceae RC9, Mogibacterium, Dorea, Lachnoclostridium, groupe Lachnospiraceae UCG-004, Moryella, [Eubacterium] coprostanoligenes, Intestinimonas, Ruminococcaceae UCG-005, bactéries non cultivées appartenant aux Ruminococcaceae, Acidaminococcus et Allisonella. Parallèlement, l’abondance relative des genres suivants a augmenté : Prevotella, Agathobacter, groupe [Eubacterium] hallii, groupe Lachnospiraceae NK3A20, groupe [Ruminococcus] torques, Catenibacterium, Catenisphaera et Megasphaera. Des corrélations significatives entre l’abondance des taxons et la production d’urolithines ont été observées.
Conclusions : La présente étude a démontré que la salicaire (Lythrum salicaria) répond aux critères d’un candidat potentiel comme agent antidiarrhéique, utilisable en traitement ou en prévention de la diarrhée post-sevrage chez les porcelets. Elle module la composition du microbiote intestinal sans induire de dysbiose ni perturber l’activité métabolique, et constitue une source de métabolites postbiotiques, notamment les urolithines, dont les propriétés anti-inflammatoires peuvent être bénéfiques à la santé intestinale des porcelets pendant la période de sevrage.